Thomas Kahn : premier album d’un auvergnat de cœur

Après 4 ans de scène, 200 concerts, deux stades de 18 000 spectateurs, un passage remarqué dans la saison 2015 de The Voice et deux EP, Thomas Kahn sort (enfin !) son premier album, “Slideback”, le 8 février 2019, signé par le label clermontois qui monte Flower Coast. A la veille de ce nouveau départ, le chanteur soul à la voix qui groove, se livre dans une interview en “slideback”, pour remonter le fil d’une belle émotion.

Comment tu vas ?

Bien ! Il se passe pleins de trucs, on prépare la sortie de l’album c’est excitant tout ça ! Mais on doit rester concentrés, au taquet et disponibles car on arrive sur la phase importante du projet pour préparer le live. Heureusement on est soutenus par de belles structures auvergnates comme La Coopé de Clermont-Ferrand, le Onze Bis de Vichy, le Tremplin à Beaumont et probablement la Puce à l’Oreille de Riom et Imago à Cébazat, qui nous offrent la possibilité de travailler en résidence.

On associe souvent ton timbre à celui de Charlie Winston. C’est pas trop dur d’être étiqueté “celui qui ressemble à” ?

Tout le monde a besoin de ranger les choses et les gens dans une case. Quand j’écoute quelque chose je me dis moi aussi, tiens ça ressemble à tel ou tel artiste, parce qu’il est devenu une référence.

Donc la consécration ça sera quand on dira à un jeune artiste on dirait du Thomas Kahn ?

(Rires). Non pas tant mais qu’on me reconnaisse mon travail et mon style ça me ferait plaisir !

Pourquoi avoir intitulé ton album Slideback ?

Slide veut dire glisser mais c’est aussi une diapo. Quand on compose on se sert forcément de son vécu et j’ai eu spontanément besoin de raconter ces 9 histoires, avec des images du passé remises au goût du jour. Graphiste de formation, je fonctionne beaucoup à l’image et chaque morceau de cet album est un peu une photographie qui me tient à cœur et que j’aime me rappeler quand je chante.

Tu nous livres quelques une de ces images qui ont dessiné cet album ?

Je me vois dans le train super bien, le jour où je suis parti de chez moi. Ce fut une libération car je savais que je pourrai être libre et faire ce que je voulais. L’image c’est choisir d’écouter cette petite voix qu’on a au fond de nous. Il y a aussi les 5 premières minutes où j’ai pris mon fils dans mes bras. J’étais en face de lui, bouleversé car je savais que ma vie allait changer maintenant. C’était fou ! Puis j’écoute encore le gospel de 5 esclaves noirs dans le film 12 Years A Slave qui m’a aidé à composer “Go Back Home”. Je me sers en live de ces images et ça me remet dans l’émotion qui parfois me submerge encore, mais c’est une vraie force !

Tu es drôlement bien entouré sur cet album !

Oui j’ai la chance énorme de bosser avec des gens super, c’est une vraie opportunité donnée à cet album pour peser dans le paysage national. Laurent Dupuy et ses deux Grammy Awards, qui a collaboré entre autres avec Alpha Blondy a accepté de faire le mixage. Ce spécialiste du son met du relief sur les différentes pistes voix et instruments pour donner des textures et une identité unique à l’album. Vivien Bouchet, réalisateur artistique, fait sonner cet album comme personne ; sans compter le talent de Fred Echelard l’homme qui mixe les versions françaises des plus gros blockbusters américains (Interstellar), et du compositeur Théophile Collier, les co-fondateurs des Studios Palace. Et puis il y a Yann Orhan, photographe des Julien Doré, Cali, Miossec et autres pointures qui est monté sur une estrade, a pris une photo et la pochette était faite. Ce sont de grands professionnels enrichissants que je me suis émerveillé à voir travailler. Après avoir vécu de vrais ascenseurs émotionnels ces dernières années, le travail commence à payer et ça fait un bien fou !

Pourquoi ne chantes-tu qu’en anglais ?

Tous les artistes qui me filent des frissons sont noirs américains ou jamaïcains. J’ai essayé d’écrire en français car des artistes me touchent comme Bertrand Cantat ou Brel, mais je n’ai jamais réussi à faire vivre ma voix avec le français. Souvent je m’y remets mais je n’ai jamais trouvé cet équilibre que je trouve dans l’anglais, qui est plus naturel pour mon timbre. Pour moi des français qui font bien de la soul, je ne vois que Ben l’Oncle Soul et dès que je tente de chanter en français, je retombe dans son style.

Ton passage remarqué dans “The Voice” en 2015 a changé quoi ?

Tout ! Avec 8 millions de personnes par soir, forcément on commence à se faire connaître. Je viens plutôt de l’univers underground mais quand la prod m’a contacté, j’y suis allé par curiosité et en me disant qu’il y avait peut-être quelque chose à faire, à condition de bien le faire. Je me suis entouré d’un label, d’un manager et d’une équipe de pros. Cette expérience m’a donné une légitimité aux yeux des pros et programmateurs. J’ai aussi rencontré un réalisateur artistique absolument génial Vivien Bouchet à Clermont, avec qui j’ai pu bosser sur mon premier EP, “Pulse”, et cet album à venir. Après il y a des hauts et des bas. Qui est préparé à l’impact des réseaux sociaux ? Et puis The Voice c’est 1mn30 à chaque fois, ça ne correspond pas forcément exactement à ce qu’on fait mais à une voix. Mais oui ça a changé ma vie.

Comment as-tu rencontré ton label Flower Coast ?

A Clermont, j’ai créé un réseau autour de la musique notamment avec mon actuel batteur Baptiste Onzon. J’ai rencontré une bande de potes musiciens qui s’entraidaient avec notamment Martin Domas mon manager et pianiste. Puis je suis resté à Clermont car tout mon travail pour devenir pro s’est fait ici. Rien n’est plus important que de travailler avec des gens qu’on apprécie et en qui on a confiance. Ce sont des gens qui ont envie d’avancer, on avait les mêmes objectifs, on a grandi ensemble et forcément on se tire pour aller de l’avant.

Le public t’as rencontré sur The Voice, mais tu as eu une vie avant tu nous racontes ?

J’ai un papa guitariste et un grand frère bassiste qui m’ont donné envie de faire de la musique, découverte à travers la batterie le piano, la basse et le chant. En amateur j’ai monté des groupes pendant mes études et je m’y suis vraiment épanoui. Il y a 4/5 ans je me suis lancé à fond car seule la musique me comblait. J’ai commencé en 2012 avec 70 dates partout en France, dont une partie dans les bars parisiens et le métro.

Quels souvenirs tu en gardes ?

Je me suis fait virer le premier jour (rires) ! Je m’étais posé à République, et un mec qui tenait un relais de presse est venu me voir, car les gens s’agglutinaient et l’argent qu’ils me donnaient ne rentrait pas dans ses caisses. Sinon c’était une bonne école car on est confronté à un public qui ne s’attend pas à écouter de la musique. On est mal équipé, il faut attirer l’attention malgré le fait qu’on soit seul dans son coin, mais ça m’a permis de casser beaucoup de peurs et d’aller en guitare/voix au-devant de gens que je ne connaissais pas.

Comment as-tu atterri à Vichy ?

Après 3 semaines de fac en droit à Tours où j’ai grandi, je me suis dit que ce n’était pas pour moi et j’ai rejoint ma compagne de l’époque à Vichy en 2009. J’ai rencontré un passionné de tapisserie, je me suis dit pourquoi pas. Pendant un an j’ai retapé des chaises, des fauteuils et j’ai fait de la tapisserie murale. Puis j’ai travaillé 1 ans dans un cabinet d’architecture avant de reprendre des études en archi à Clermont. De Vichy je garde de solides amitiés, comme avec Nicolas Roques du Onze Bis. C’est aussi grâce à lui que cet album existe car il nous a offert une résidence d’un mois.

Tu as réalisé 2 EP avant cet album. C’est un travail très différent ?

Un EP c’est 5 titres ça change déjà pas mal de choses. Lorsque j’ai commencé à travailler avec Flower Coast, au bout de 3 mois on a passé un tremplin qui nous a permis de gagner un pressage du premier EP, “Bluedy Mary”, en 2015. C’était un premier support sans prétention enregistré dans une grange, où on faisait de la batterie en tapant sur un frigo c’était roots mais très sympa. Le 2ème EP, “Pulse”, est arrivé après The Voice en 2016, et nous nous sommes entourés d’un incroyable réalisateur artistique, Vivien Bouchet qui a réalisé l’album. L’EP est plutôt un support commercial pour démarcher des festivals et programmateurs. Cela permet de générer des dates de concerts et de faire grossir ton projet pour aller jusqu’à l’album qui coûte le double d’un EP. Pour l’album, on a monté notre groupe en s’appropriant ce projet et en créant notre identité musicale.

Je me trompe où tu ne dis jamais je ?

Ah oui (sourires), parce que c’est un travail collectif. Oui ce sont mes compos, j’apporte les guitares/voix, mais derrière il y a tout le reste les arrangements, la réalisation, la gestion des concerts. On a gardé le nom Thomas Kahn pour garder le tremplin The Voice et être identifié, mais pour moi c’est un travail de groupe.

Label clermontois, studios à Moulins, résidences auvergnates. Travailler en local c’est une volonté ou une nécessité ?

C’est une volonté car on est hyper soutenus par les structures auvergnates et on a eu envie de continuer à bosser dans ce sens-là. Lorsqu’on a demandé à Vivien, qui n’est pas d’ici, où il fallait enregistrer il nous a dit « Les Studios Palace ». On est en local parce que les gens qu’on y rencontre sont merveilleux et très pros. Après à terme l’ambition est de s’étendre et aller bosser plus loin en Angleterre ou aux EU ça serait génial. Mais dans un premier temps il faut aussi vivre à son échelle, ne pas chercher trop grand quand on commence et grandir petit à petit.

Quels artistes te font vibrer et t’influencent ?

J’aime avant tout des voix. Je suis un gros fan de Gorillaz et son leader Damon Albarn. Avec son imagination de fou, il a osé faire des choses extraordinaires. Selah Sue, Otis Redding et Ray Charles font partie de mes chanteurs préférés. Mais Noir Désir me met toujours aussi une grosse claque tout comme Massive Attack. Et puis à la base je suis un très gros fan de reggae et de dub avec en haut de ma liste d’icônes Bob Marley et The Gladiators.

Quentin, pourquoi tu as choisi de t’appeler Thomas Kahn ?

Thomas c’est mon deuxième prénom car j’avais envie d’un prénom plus anglais et Kahn c’est mon nom de dessinateur. J’avais envie de différencier ma vie d’artiste et perso, ça m’aide de dissocier les deux, notamment pendant les concerts où il y a une charge importante. Je me souviens particulièrement du moment où j’ai chanté sur le terrain du Michelin à Clermont devant 18 000 personnes. Personne n’était là pour écouter de la musique. Alors dans ces moments-là, Thomas Kahn son rôle c’est d’avoir confiance en lui d’être sur scène et d’assurer.

On te souhaite quoi ?

Que l’album fonctionne et qu’on en enregistre un autre derrière. Mais même si j’adore la partie studio, je veux le défendre et le partager sur scène et montrer ce qu’il vaut en live. La scène c’est la vie il y a des émotions de malade. Souhaitez-moi les meilleures dates possibles et pourquoi pas un zénith mon rêve !

Bonus : retrouvez sa playlist ici.

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