Slimane ANISS 

Pour notre nouvelle couv’ c’est Slimane Aniss aka Slimotion, virtuose mograph director (promis il vous explique plus loin) français, qui nous fait l’honneur de son talent. Rencontre avec cet artiste des temps modernes, venu tout droit de Vichy.

Hello Slimane ! Quels souvenirs gardes-tu du Cusset de ton enfance ?

Hello baroq mag ! J’ai plutôt de très bons souvenirs du quartier de Presles dans lequel j’ai grandi. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il y faisait bon vivre à l’époque avec mille aventures à vivre dans cet immense terrain de jeu. On faisait beaucoup de sport tous les jours jusque tard le soir… pas de Facebook ni de Netflix à l’époque !

Quand as-tu compris que l’art et la création allaient faire partie de ta vie ?

J’ai commencé à dessiner très tôt et avec Moustapha, un pote de mon immeuble, nous nous retrouvions en bas sur les marches tous les mercredis matins pour dessiner. Il avait une culture graphique et un niveau en dessin extraordinaire, bien meilleur que moi ! En parallèle, j’ai eu la chance d’avoir des professeurs d’arts plastiques assez géniaux qui m’ont toujours poussé à continuer. J’ai fait un cursus artistique de 5 ans (prépa, BTS et DMA) en graphisme et dessin d’animation après un bac scientifique obtenu dans la douleur !

Ils représentaient quoi tes premiers dessins ?

Le souvenir que j’ai de mes premiers dessins est assez vague… Il s’agissait de vaisseaux spatiaux avec un nombre incalculable de rayons laser… Je remplissais toute la page ! Par la suite, je recopiais beaucoup les dessins animés japonais du Club Dorothée comme Dragon Ball Z. On sous-estime ou on cache souvent cette première phase de copie dans l’apprentissage artistique en général. Mais avant d’être original il faut plagier les maîtres (attention à bien choisir ses maîtres par contre).

Comment es-tu devenu « mograph director » ?

Le terme de motion designer, ou « mograph director », a été un peu galvaudé ces dernières années. Il s’agit d’un mix entre les métiers de graphiste, d’animateur et de réalisateur, où l’on fera aussi bien appel à des techniques d’animation 2D & 3D ou encore du tournage fond vert par exemple. Après un BTS en graphisme édition publicité à Nevers et un DMA cinéma d’animation à Roubaix, je me suis assez naturellement tourné vers ce métier qui était un bon mélange de ces différents domaines.

Où trouves-tu l’inspiration ? Quels artistes t’influencent ?

Oula, il y a tellement d’artistes géniaux ! Mais je pense que Jean Giraud (Moebius) est l’auteur qui m’a le plus influencé (la couverture du mag en est la preuve), pour l’originalité de son univers. Katsuhiro Ōtomo l’auteur du manga japonais Akira pour la qualité de son dessin, Miyazaki bien sûr pour les chefs d’œuvres qu’il a produits, Michel Gondry aussi pour le génie de ses mises en scène (« Eternal Sunshine Of The Spotless Mind » étant dans mon top 5 des meilleurs films de l’univers)… et bien d’autres encore ! En ce qui concerne l’inspiration au jour le jour, je fais une veille artistique quotidienne en graphisme, 3D, courts et longs métrages sur le web.

Qu’est-ce qui te fait le plus vibrer professionnellement parlant ?

C’est clairement en tant que réalisateur, le fait de raconter une histoire de la meilleure des manières, peu importe le support (affiche, film court ou long, dessin…), peu importe la technique, il faut que le message principal soit délivré de manière claire et si possible originale… Je ne dis pas que j’y arrive tout le temps mais c’est cette quête la qui me fait le plus vibrer !

On suit « Baïdir », le projet que tu portes depuis quelque temps… Le projet avance comme tu veux ?

Haaaa… Baïdir, le projet d’une vie ! L’idée derrière cette série était de raconter l’histoire d’un petit gars de banlieue un peu peureux dont la petite sœur Nayah disparaît un matin avant d’aller à l’école. Une aventure qui le mènera à l’autre bout de la galaxie sur une planète jumelle de la Terre, Eccoh… Nous avons eu quelques déboires avec la société qui avait acheté le projet en 2012. Nous avons ensuite été bloqués pendant 5 ans à cause du contrat qui nous liait à cette société. Nous les avons récupérés il y a peu, ce qui nous a permis de reprendre le développement avec la société de production Andarta Pictures, basée à Valence. Nous sommes actuellement en train de réécrire la bible littéraire qui est un document qui définit les grandes règles de l’histoire.

Tu nous expliques tes choix pour la couv’ ?

J’ai voulu partir sur un process full 3D pour cette couverture, en essayant de faire de la Chaîne des Puys un paysage fantastique au réalisme poussé. L’idée était aussi de mettre en avant les richesses naturelles du sous-sol en les parant de couleurs vives.

Sur quel(s) projet(s) travailles-tu actuellement ?

Je suis actuellement sur la production et la réalisation de cinématiques de jeu vidéo pour Ubisoft Paris. Je travaille en parallèle sur l’adaptation en série d’animation d’un livre, « La Quête d’Ewilan », de Pierre Bottero pour Andarta Pictures (toujours).

Pour finir, on te laisse répondre à la question qu’on ne te pose jamais…

« Pourquoi la somme des nombres réels est-elle égale à -1/12 ? ». C’est un peu fou, mais une démonstration assez simple montre que la somme des nombres réels, c’est-à-dire 1+2+3+4+… jusqu’à l’infini ne serait pas égale à l’infini mais à -1/12, un nombre si petit et négatif ! Certains pensent qu’il y a une erreur de raisonnement, mais ce résultat a été démontré lors d’expérimentations en physique bien réelle… Voilà c’était le moment « C’est pas sorcier » !

Bonus : https://slimotion.myportfolio.com/ 

Photo © Margot LAMARCHE – Tous droits réservés.