Mars \maʁs\ n. m. [latin martius, de Mars, nom mythologique]. 3ème mois de l’année.  Jours : 31. Férié : 0. Vacances : loin. Fatigue : élevée. Météo : bipolaire. Régime : y’a encore le temps. Dates à retenir: Mardi Gras, St Patrick, Journée Internationale des Droits des Femmes, parution de baroq #3, et…

Le Printemps. Et la douceur de ce matin où tu es réveillée par le chant des oiseaux, ou son équivalent 2.0 : le piaillement strident annonciateur de mails et autres notifications. Si ton téléphone s’agite c’est que l’inévitable a frappé ! Tu as eu 27 ans pendant 3 ans 6 ans et aujourd’hui te voilà rattrapée par une trentaine bien entamée.

En pôle position pour te souhaiter la plus bonne des journées : un vendeur de beauté. Le charognard renifleur de désarroi t’offre un soin #pétromachinchose censé faire la peau à des rides sur le point de poser leurs valises. Puis un wagon de mots doux et confettis en émoticônes débarque pour coller du baume là où ça cogne fort, faire un peu gonfler les chevilles et déborder les mirettes. Y’a même, affiché sur le réseau social bafoueur de confidentialité (note pour plus tard : virer mon année de naissance de mon profil) un enthousiaste

« 33 ans ? L’âge du Christ ! C’est bien ça ! »

« Non mais j’en fais quoi de ça? J-C vient faire quoi là?! Vous pensiez que Megan Fox et Lady Gaga ne supporteraient pas la comparaison avec moi?! »

Google semble n’avoir aucune explication censée à l’usage abusif de ce pamphlet. Par contre, mes recherches hautement intellectuelles m’ont conduite vers un article tout ce qu’il y a de plus scientifique (ben quoi ? Marie Claire c’est pas la nouvelle Marie Curie ?). Paraîtrait que quelques intelligents auraient fait une étude et que cet âge là serait celui du bonheur.

En témoigne ta tignasse, à la fête avec ces 3 petits nouveaux en habit de lumière qui font la ola pour montrer que ta tête est devenue #theplacetobe, équivalence capillaire des soirées d’Eddy Barclay.

Idem côté trombine… Ta collègue #faussementgentilleetvraimentconnasse balaiera ton « mieux vaut être en retard que moche » et tes efforts make-up d’un « t’as une petite mine ! ». Au bureau, rien à faire que ce soit TA journée, c’est à elles que tes consœurs jetteront des fleurs : cuisinière hors-pair, enfant high-level, porte-monnaie gavé… T’expliquerais bien que toi aussi t’es une femme accomplie mais t’es plutôt #teamPicard, ton fils fera comme sa mère – il misera tout sur son physique, et tes économies s’entassent dans ton dressing.

Pour supporter ces petits déclins, tu pourras compter sur l’amitié.
L’infaillible #BFF te traînera au spa : « un moment pour toi, pour être belle et bien. »

« Le jacuzzi serait devenu fontaine de jouvence et on ne m’aurait rien dit ?! »

En vrai, elle sera bien. Toi, tu seras loin d’être belle : nichons fuyards parce que ras le bol d’être malmenés par le duo temps/gravité, crinière hirsute, fond de teint léopard, regard dégoulinant. Doucement mais surement tu deviendras Tina Turner mais sans le talent.

Les potes arsouilles prendront le relais. Bien décidés à se remplir le gosier à ta santé, ils plomberont ta nouvelle condition d’animal diurne, exit Columbo et pisse-mémé.

Adulte affirmée, tu devras choisir : juste tremper les lèvres, parce que tu es une dame maintenant et tu ne peux décemment plus te prendre pour Shakira, ou boire comme un trou pour te la jouer #foreveryoung, #mêmepasmal ! YOLO !

Grâce à l’éclairage flatteur du bistrot, le push-up fier comme Artaban (langage d’hier et des poussières) t’auras envie de croire à un torride after avec le mignon serveur. Jusqu’au #cougar qui se fera entendre, et la vision de toi en principale protagoniste d’un #faitesentrerlaccusé, parce que cougar à 30 balais ça peut vite mener à faire la sortie des lycées.

Alors tu accepteras le gringue d’un mec banal et quarantenaire. A côté de lui t’auras l’air jeune, et… désespérément prête pour un illégitime 5 à 7 – rapport à la bagouze à son annulaire.

One shot scolaire ou petite mort adultère comme vaccin contre un destin ordinaire et une toi :

  • bouffeuse de muesli / porteuse de legging reniant l’afterwork du jeudi pour courir sur place (dans cette décennie, tu avales des graines et tu vas à la salle de sport #unpeupourlescuisses, #beaucouppourlabonneconscience)
  • rombière en devenir / jeteuse de regards désapprobateurs sur une jeunesse pas si loin derrière, servant des #croisenmonexperience
  • leveuse de poing / brailleuse de #girlpower menant des combats quotidiens contre les mains aux fesses, le port des ballerines, la hausse du prix de la lessive.

Pourtant il y a peu, t’envoyais de la paillette ! Reine de la fiesta, aventurière adepte du « je vais voir ailleurs si je peux m’y trouver », audacieuse du CV, mariée fière de l’être, propriétaire d’un bout de terre. Et même que – alors que tu étais au summum de toi, gaulée toute comme il faut – t’étais allée décrocher ton plus beau rôle.
Et là, même pas de petite flamme dansant sur le gâteau – faudrait souffler trop fort, trop longtemps – tant pis pour le vœu ! De toute manière on te la rendra pas ta vingtaine, tu finiras moche et vieille ! Et seule. Probablement.
Parce que 2 marmots, un monospace et les quelques gamelles que tu traînes derrière, les chercheurs ne le disent pas, mais ça peut faire trop sur l’échelle du bonheur.

T’es fière toi d’avoir des légos au fond des chaussons, des bonhommes patatesques sur le frigo et les zébrures de ta propre explosion sur le bidon, mais on n’affiche pas comme ça la réussite de ses 20 ans, sous peine d’avoir l’air surdouée pour la vie. #cestunpeucommeunemycose #çaarrivemêmeauxtresbienmaisçaseditpas

La vérité c’est que même en mode single lady (Beyoncé quand tu nous tiens !) tu réalises que t’as vachement bien vécu avant, et qu’il reste toute une vie à croquer devant #gâtéeparletempsfinalement.

Ton bikini fait moins le malin et enfiler un jean peut tourner au #airkamasutra (une cagnotte Leetchi pour retaper tout ça est sérieusement à l’étude #àvotreboncoeur) mais ta dégaine n’est pas si esquintée. T’as fini par te planquer derrière un PC mais si tu avais choisi l’option astronaute t’aurais sûrement pas eu de RTT. Ta main est moins clinquante depuis que tu as viré le gros caillou qui l’habillait (et le monsieur qui te la tenait) mais t’as pas besoin de briller. T’as jamais un rond de côté mais ta tête est pleine de tout ce que tu en as profité. T’as le palpitant qui joue encore un peu la cagole, tu oses le #nobra, la bouche rouge et les jupes si riquiqui qu’elles arrachent des « elle ne risque pas de s’entraver » mais t’assumes toutes tes effronteries et c’est au fond de tes poches que tu colles l’avis de l’humanité. Tu ne seras pas Wonder Woman ni  la meuf de Batman mais on dirait bien que tu es au zénith du game.

Alors oui, t’auras encore de fausses bonnes idées, genre te couper la frange et finir comme Zaz (sans les cheveux sales), échanger le tian healthy contre des frites, acheter une robe de gala alors qu’il y a juste #rdvchezlophtalmo dans ton agenda, poursuivre ton expertise des chagrins d’amour…
Mais il n’est pas encore là le printemps qui te fera dire que c’était mieux avant.

Le bonheur qu’ils disaient… testé et approuvé !

Charlène ROUILLOT