Après avoir vu le jour à Clermont-Ferrand, à la fin des seventies, Vincent passe son enfance et son adolescence à Vichy, jusqu’au Bac, qu’il obtient en 1994. Très tôt il commence à mixer en soirées privées, lors d’événements organisés par l’association Oxy Jeunes sur Vichy notamment, puis sur Clermont-Ferrand, en raves ou free-parties, où il fait la connaissance de Boris, entre autres. Par la suite il s’expatrie sur Lyon – où il réside toujours – pour s’ouvrir de nouveaux horizons, et accessoirement entrer en fac de droit. Et après ? La suite de ses aventures est à retrouver dans son interview, disponible sur notre site : www.baroq.fr…

Sa culture musicale, très éclectique, s’étend de la New Wave à la Techno, en passant par le Hip-Hop – plutôt east coast – à la House, qu’il affectionne particulièrement.

Un expert du bon son, à qui on a eu envie de demander sa playlist ultime !
(psssssst : si t’as pas envie, ou pas le temps, de lire l’interview, le player est plus bas… 👇🏻)

Vincent, quelle a été ta toute première rencontre avec la musique électronique ?

La médiathèque de Vichy a été aussi un très bon moyen de découvrir nombre d'albums en vinyle qui ont façonné ma culture musicale. 

Sans hésitation Depeche Mode, l’album “Some Great Reward”, et quasi en même temps Kraftwerk et New Order. C’est surtout grâce à des amis un peu plus âgés que moi, qui me passaient des K7 mais aussi en lisant des revues comme Best, Actuel ou les Inrockuptibles. La médiathèque de Vichy a été aussi un très bon moyen de découvrir nombre d’albums en vinyle qui ont façonné ma culture musicale. 

Qu'est-ce qui fait que ces styles musicaux te touchent plus que d'autres ?

Principalement le mélange des sons et des influences, ce côté funky dans le groove et froid dans les sons. Des sons qui ne ressemblent pas à des instruments déjà connus. Le côté robotique ou son de l’espace. 

Comment as-tu découvert le mix ?

D’abord en lisant un article dans la revue Actuel sur Grandmaster Flash, le papa du mix Hip-Hop, et ensuite en évoluant avec Tom (Thomas Perales), un DJ vichyssois avec une technique Hip-Hop, mais qui mixait de la House et de la Techno.

Quelle a été ton évolution dans ce milieu ?

Au départ je me sentais plus comme un selecta, j’ai toujours acheté beaucoup de vinyles mais je ne mixais pas. J’animais plutôt des soirées pour faire danser mais avec un style large aussi bien du Rock, que du Hip-Hop ou de la House et de la Techno. Par la suite j’ai surtout fait des lives sous le nom de Speculum ainsi que de la production avec des machines (boîte à rythmes, sampler, clavier…), très axée Chicago House et Deep Techno. J’ai réellement commencé à mixer quand j’ai acheté mes platines Technics MK2 en 1997. 

Ton actualité en tant que DJ ?

Je suis un petit peu en standby à l’heure actuelle, car il y eu pas mal de changement dans ma vie personnelle depuis les deux dernières années. Cependant j’ai plusieurs projets en cours qui devraient aboutir d’ici peu : Roller Disco, nouveau projet en club et autres, et je mixe dans un bar super cool sur Lyon une fois par mois : la Faute aux Ours

Ton meilleur souvenir de soirée ?

Il y en a tellement mais pour simplifier, en tant que spectateur je dirais la Boréalis dans les arènes de Nîmes en 1994, ou le E-Werk à Berlin en 1993 avec Hardfloor en live et Kid Paul aux platines. En tant que DJ , je dirais à La Marquise pour une Dirty Disco ou au Terminal quand j’ai fait le warm-up d’Alexander Robotnick. Ou bien encore la première fois que j’ai mixé au 101 à Clermont-Fd, le club de Boris ou toujours au OneOone avec K.Alexi, DJ de Chicago. Le point commun c’est une ambiance de dingue avec pourtant de la musique absolument pas commerciale et une interaction entre le public et les disques que je jouais.

... et le pire ?

Pas vraiment de pire, mais l’annulation à Lyon de Polaris il y a quelques années  par la préfecture, quand la musique électronique n’était pas en odeur de sainteté en France. Ça m’a beaucoup énervé ! Nous devions jouer à l’after officielle de cette grosse rave party avec des artistes comme The Prodigy, Carl Cox, DJ Hell, Mike Dearborn, Miss Djax. Beaucoup de regrets et un sentiment d’injustice. 

J’allais justement te demander si tu avais des regrets…

Pas énormément, mais oui, celui de ne pas avoir persévéré avec notre Live Speculum et de ne pas avoir sorti de disque. Mais il n’est jamais trop tard… 

Pourquoi es-tu parti de Vichy ?

J’avais envie d’évoluer dans une grande ville, de pouvoir justement partager ma passion, entre autres, avec un public plus large. J’aime aussi l’anonymat dans les grandes villes, la plus grande mixité culturelle, la possibilité de sortir quand on veut quel que soit le jour de la semaine, l’offre culturelle ou gastronomique, l’infrastructure des transports en commun. 

Quelle est ta relation avec la ville qui t'a vu grandir ?

Je me souviens de soirées dans des endroits improbables comme à la Comalait à coté du Lycée de Presles ou sous un pont SNCF juste à coté de l’Allier, qu’on apellait le Pont Noir…. 

De l’amour à la haine…. J’ai eu beaucoup de mal à grandir et m’épanouir dans Vichy, et comme je le dis souvent encore pour rigoler : j’ai eu mon bac du premier coup pour partir vivre ailleurs. 

Cependant avec le temps , je me rends compte que justement comme cette ville était une ville morte pour les jeunes à cette époque (NDLR : les années 90). Il fallait tout organiser de son côté, et heureusement que de nombreuses personnes ont fait bouger cette ville par le biais de soirées privées, ou grâce à des associations notamment. Et après coup, je me dis que c’est pas si mal et c’était vraiment “underground” dans le vrai sens du terme.  Je me souviens de soirées dans des endroits improbables comme à la Comalait à coté du Lycée de Presles ou sous un pont SNCF juste à coté de l’Allier, qu’on apellait le Pont Noir…

Depuis que j’ai eu mes enfants et que je vis à Lyon, je redécouvre Vichy et trouve cette ville très belle et moins endormie que pendant mon adolescence. Elle parait plus dynamique et objectivement de nombreux projets, en matière d’urbanisme ou culturels, ont permis de redorer l’image de cette ville. À ce propos, je conseille le documentaire de Laetitia Carton – qui est de la même génération que moi sur Vichy – qui, je trouve, met en lumière toutes les contradictions que je ressens vis-à-vis de la ville où j’ai grandi. 

Prêt à (re)venir mixer sur Vichy si l'occasion se présentait ?

Avec grand plaisir ! Car depuis l’arrivée d’internet, n’importe qui s’intéressant à cette musique peut découvrir pleins de choses. Le public est beaucoup plus à l’écoute et plus aventureux, il me semble, qu’il s’agisse des artistes ou des sons qui ne passent pas sur les radios commerciales. On voit fleurir un nombre assez hallucinant de festivals ou de grosses soirées dans pleins de très petites villes de province. C’est qu’il y a forcément une demande. Et pour Vichy, je suis sûr qu’il y a plein de gens curieux et qui ont envie de faire la fête…

Le mot de la fin ?

Kamoulox 
May the force be with U!
Merci Walter 😉

Par Walter FAURE 

La playlist ultime de Vincent Vidal

1 – The Beatles – Tomorrow Never Knows
Le groupe pop ultime, musique ultra recherchée autant dans les arrangements que les paroles. Le groupe qui a changé le monde et m’a procuré mes premiers émois musicaux.

2 – Depeche Mode – Master And Servant 
Je pense que c’est le groupe préféré de mon adolescence. Avec ce même mélange d’avant-gardisme et de structure pop. J’adore le timbre de voix de Dave Gahan et quasiment toutes les productions de Depeche Mode. 

3 – Kraftwerk  – Trans Europe Express
La quintessence du minimalisme et de la conceptualisation de tout ce qui nous entoure. Ce morceau représente aussi la passerelle entre musique blanche et musique noire. Afrika Bambaataa sample la rythmique pour le Hip-Hop et tous les producteurs noirs de Detroit, qui créeront par la suite la Techno, sont absolument fascinés par les productions de Kraftwerk.

4 – Joy Division  – Transmission 
Le spleen de l’adolescence , la voix de Ian Curtis possédée, le son froid des années 80, la puissance des guitares. La cold wave.

5 – De La Soul – Buddy
Le Hip-hop au départ que j’aime : joyeux, ultra funky, bouré de samples de soul, funk ou disco. La côte Est et New York en particulier. Avec un flow malicieux et des paroles pas trop bêtes.

6 – Moodymann – Musicpeople
La House de Detroit, Kenny Dixon Jr aka Moodymann un de mes artistes préférés, mélangeant dans ses productions toute l’histoire de la musique black. Une forte identité visuelle et une façon très particulière d’utiliser le sample.

7 – Frankie Knuckles – Baby Want Some Ride
Le papa de la House Music de Chicago, le côté ultra sex et dirty du morceau, en font un hymne aux communautés Gay et LGBT.

8 – Paul Johnson – Follow The Beat
Le son funky groovy booty de Chicago qui te donne envie de danser en 30 secondes. Le fameux filtre passe-bas  que toute la French Touch va utiliser sur des samples disco.

9 – Basic Channel  – Phylyps trak II/II
Le minimalisme de la techno dub berlinoise de Maurizio, ce travail avant tout sur le mastering, la force du son épuré au maximum avec une structure Dub-Reggae.

10 – Hardfloor – Acperience 1
Le son “acid” réalisé avec une TB 303, au départ faite pour réaliser des basses, mais qui a créé un son totalement dingue, au départ créé à Chicago. L’ambiance folle des rave parties à Berlin en 1993, après la chute du mur.

11 – Daft Punk – Alive
Ma plus grosse calotte en live, un exemple de réussite et d’intégrité. Le mélange parfait pour un groupe français entre la House de Chicago et la Techno de Detroit avec ce petit côté français punk “on vous emmerde”.

12 – Underground Resistance – Hi Tech Jazz 
Un groupe majeur pour la Techno de Detroit, le mélange électronique et les influences Jazz. Intégrité, pas de visage, l’exemple à suivre…

13 – Joy Orbison – Hyph Mngo
Le son anglais mélangeant Techno de Detroit et rythmique typique de la Perfide Albion. Breakbeat, Bass Music, Dubstep, etc…

14 – J Majik feat. Kathy Brown – Love Is Not A Game
La drum & bass style typique du Royaume-Uni, le son du Carnaval de Notting Hill, les gros sound systems, la culture club Anglaise.

15 – Aphex Twin – On
Richard D. James, un génie, l’expérimentation musicale au service du morceau. Jamais évident à écouter mais toujours passionnant et poétique.

16 – Green Velvet – The Preacher Man 
Encore Chicago avec le morceau qui me rend fou à chaque écoute. Comment faire danser et exploser un dance floor avec un prêche et juste une rythmique et un son twisté.